Revendre l’électricité produite par une installation photovoltaïque génère des revenus soumis à un cadre fiscal précis. Selon la puissance de l’installation, le mode de vente choisi et le statut du producteur, les règles d’imposition, de TVA et de cotisations varient fortement. Comprendre ces mécanismes avant de signer un contrat de rachat évite les mauvaises surprises sur la déclaration de revenus.
Seuil de puissance et exonération d’impôt sur le revenu
Le premier critère qui détermine la fiscalité applicable est la puissance de l’installation en kWc. Pour les particuliers disposant d’une installation photovoltaïque raccordée au réseau en deux points au maximum, d’une puissance inférieure ou égale à 3 kWc, les revenus tirés de la revente sont exonérés d’impôt sur le revenu. Cette exonération s’applique à condition que l’énergie produite ne soit pas utilisée à des fins professionnelles.
Au-delà de 3 kWc, les revenus deviennent imposables dès le premier euro perçu. Cette limite de puissance constitue donc un seuil déterminant dans le choix de dimensionnement d’une installation. Retrouver l’ensemble des informations fiscales sur Je Comprends Enfin permet de vérifier les conditions exactes applicables à chaque situation.
Un point souvent négligé : le seuil de 305 euros de recettes annuelles joue aussi un rôle. Même pour une installation dépassant 3 kWc, des revenus inférieurs à ce montant peuvent bénéficier d’un traitement simplifié selon le régime fiscal retenu.

Régime fiscal applicable aux revenus de revente d’électricité
Lorsque les revenus photovoltaïques sont imposables, deux régimes fiscaux se présentent : le régime micro-BIC et le régime réel simplifié. Le choix entre ces deux options dépend du montant des recettes annuelles et de la stratégie fiscale du producteur.
Micro-BIC : abattement forfaitaire
Le régime micro-BIC s’applique de plein droit quand les recettes annuelles restent sous un certain plafond. Il prévoit un abattement forfaitaire sur les revenus déclarés, ce qui simplifie la déclaration. Le producteur déclare le montant brut de ses ventes d’électricité et l’administration applique automatiquement la déduction.
Ce régime convient aux installations résidentielles de taille modérée, où les charges réelles (entretien, assurance, amortissement) restent faibles.
Régime réel : déduction des charges effectives
Le régime réel simplifié permet de déduire l’ensemble des charges réellement engagées : amortissement du matériel, frais d’entretien, intérêts d’emprunt, assurance. Pour une installation de puissance supérieure avec des coûts d’exploitation significatifs, le régime réel peut réduire la base imposable bien davantage que l’abattement forfaitaire.
Le passage d’un régime à l’autre est possible, mais encadré par des règles de temporalité. Il faut anticiper ce choix dès la première année de production pour éviter de se retrouver bloqué dans un régime défavorable.
TVA sur les installations solaires et la vente d’électricité
La TVA applicable dépend de la puissance installée. Pour les installations de 3 kWc ou moins posées sur un logement achevé depuis plus de deux ans, le taux réduit de 5,5 % s’applique sur l’achat et la pose du matériel. Au-delà de cette puissance, le taux normal de 20 % s’impose.
Sur la vente d’électricité elle-même, la TVA entre en jeu différemment selon le statut du vendeur. Un particulier en franchise de TVA ne la facture pas sur ses ventes. En revanche, une entreprise ou un exploitant soumis au régime réel de TVA doit collecter la taxe sur l’électricité vendue, tout en récupérant celle payée sur ses achats et investissements.
- Installation inférieure ou égale à 3 kWc sur un bâtiment de plus de deux ans : TVA à 5,5 % sur l’équipement et la pose
- Installation supérieure à 3 kWc ou bâtiment récent : TVA à 20 %
- Vente d’électricité par un assujetti à la TVA : collecte de la taxe sur les recettes de revente, avec possibilité de déduction sur les investissements

CFE, taxe foncière et imposition forfaitaire des entreprises de réseau
La cotisation foncière des entreprises (CFE) ne concerne pas les installations photovoltaïques d’une puissance inférieure ou égale à 9 kWc. Au-delà de ce seuil, le producteur est en principe redevable de cette taxe locale, calculée sur la valeur locative du bien utilisé pour l’activité.
La taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) ne s’applique pas aux particuliers pour leurs panneaux en toiture. Les installations au sol exploitées par des entreprises relèvent en revanche de cette imposition, ce qui modifie la rentabilité des projets de grande envergure.
Les collectivités locales qui produisent et vendent de l’électricité photovoltaïque se trouvent dans une situation fiscale particulière. Une commune productrice peut être soumise à l’impôt sur les sociétés, à la CFE et à l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseau (IFER). Cet angle est souvent négligé dans les études de faisabilité des projets portés par des collectivités.
Dispositif S21 et évolution du cadre de revente
Le cadre réglementaire évolue. Le dispositif S21 prévoit la suppression de la prime à l’autoconsommation et introduit un tarif unique pour l’électricité injectée, annoncé à 1,1 centime d’euro par kWh hors taxes. La vente totale ne serait plus admise pour les installations jusqu’à 9 kWc, recentrant le modèle sur l’autoconsommation avec vente du surplus.
La date de la demande complète de raccordement détermine le tarif de rachat applicable. Ce n’est ni la date de signature du devis ni celle de la mise en service qui fixe le tarif, mais bien le moment où la demande est enregistrée. Sur un contrat de longue durée, cette distinction peut modifier la rémunération totale perçue.
- Le tarif de rachat est figé à la date d’enregistrement de la demande complète de raccordement
- Les droits acquis avant l’entrée en vigueur du dispositif S21 restent protégés
- L’autoconsommation avec revente de surplus devient le modèle principal pour les installations résidentielles jusqu’à 9 kWc
Le recul du soutien public à la revente et la baisse des tarifs de rachat poussent à recalculer la rentabilité fiscale globale d’un projet. Un producteur qui comptait sur la vente totale doit désormais intégrer l’autoconsommation dans son modèle économique, ce qui change aussi le montant des revenus imposables et, par conséquent, le régime fiscal adapté.



